Par delà la définition de l'harmonisme, qui concerne une orientation générale de l'action, il peut être intéressant de voir comment cela peut se manifester concrètement. On peut concevoir plusieurs niveaux dans l'engagement harmoniste, de façon à laisser à chacun le soin de progresser à son rythme. On distinguera, en particulier, entre l'harmonisme intérieur et l'harmonisme extérieur, puis, au sein de l'harmonisme extérieur, entre les harmonismes passif et l'actif.
L'harmonisme intérieur consiste à travailler à son propre bonheur, en se maintenant autant que possible dans un état de bien-être profond et serein, par un travail sur soi. Ne pas se considérer comme victime de ses émotions, mais agir, au contraire, sur soi-même, semble d'ailleurs indispensable pour un bonheur durable. Pour ce faire, il importe d'être attentif à ses états intérieurs (émotions, pensées) de façon à "élaguer" ceux que l'on juge nuisibles et à entretenir ceux que l'on juge bénéfiques. Ainsi, on évitera la peur (hors cas extrêmes où elle peut être utile), le regret, la déception, la frustration, l'angoisse etc. (généralement inutiles), et on cultivera la bienveillance.
Concrètement, cela nécessite de prendre du temps pour soi, pour se relaxer, se ressourcer, réfléchir etc.
Pour ce qui est des pensées, on prendra garde en particulier à l'illusion égoïste ainsi qu'à l'illusion téléologique, qui peuvent entraver la motivation de l'harmoniste.
L'harmonisme extérieur passif consiste à s'efforcer de ne pas participer à la disharmonie, de ne pas créer de souffrance hors de soi. Ce peut être un bon début ! D'autant qu'il y a une certaine incohérence, voire contre-productivité à tâcher de réduire d'un côté ce que l'on produit de l'autre.
Les comportements suivants relèvent de l'harmonisme extérieur passif : réduire le plus possible son empreinte écologique, ne pas céder à sa propre violence, et participer le moins possible à tout ce qui peut engendrer des conflits : vengeance, maltraitance, concurrence, jugements hâtifs, paranoïa etc.
Du fait de la complexité du réel, les choix harmonistes ne sont pas toujours évidents. Il faut souvent peser entre un coût et un gain, mais parfois, il n'y a pas de doute possible, ne serait-ce que parce qu'il y a un coût et aucun gain (pour l'harmonie). Par exemple, il n'est pas harmoniste rationnel de payer pour faire quelque chose qui nuit à sa santé ! Ainsi, un harmoniste parvenu au stade "extérieur passif" ne saurait fumer, ni consommer quelque drogue que ce soit (sauf intérêt médical particulier), ou du moins, il envisagera sérieusement de se désintoxiquer. Il tâchera, de même, de ne pas acheter des friandises globalement nocives pour la santé (du fait de son train de vie). De même, il ne va pas pratiquer de sports polluants comme la course automobile, ni de sports excessivement dangereux (mise en jeu injustifiée de sa propre survie, et donc, de son potentiel d'action). Il évitera encore, toute forme de gaspillage, et en particulier, tout déplacement polluant. Il sera à tendance nettement végétarienne, afin de ne pas engendrer de souffrance inutile (chez les animaux), tout en réduisant son empreinte écologique. Mieux encore, tant que cela est possible, il pratiquera le déchétarisme, qui permet d'annuler son empreinte écologique !
Plus radicalement, l'harmoniste extérieur passif évitera toute participation à un système globalement nuisible. En présence d'un tel système, il pourra vivre en ermite ou en communauté économiquement indépendante. L'autarcie pouvant cependant présenter quelques inconvénients (concernant l'harmonisme actif, voir plus bas), il veillera au moins, s'il doit participer à un système économique peu harmonieux, à ne pas travailler dans un domaine globalement nuisible : vente d'armes à des dictateurs, surpèche etc. La nuisance d'une activité économique peut découler de la consommation induite, conjugée à une inutilité globale (publicité, spéculation, divertissement...) Un peu de divertissement peut être considéré comme utile, mais vu la pléthore actuelle... On peut également considérer que le divertissement "pur", en particulier par son attrait hypnotique, prend aux gens un temps de réflexion qui serait fort utile pour leur évolution et celle de la société, d'où une nuisance supplémentaire. Précisons que gagner de l'argent n'est pas une nuisance en soi; c'est son utilisation qui est déterminante.
Évidemment, sauf cas très particuliers, un harmoniste ne saurait se mettre en infraction avec la loi : il ne va pas voler ni violenter autrui ! Mais encore, il s'abstiendra de participer à de la médisance gratuite et se méfiera des discours simplificateurs et des luttes partisanes. Enfin, un harmoniste extérieur passif doit faire un travail sur lui-même afin de ne pas nuire involontairement par la manifestation de sa propre souffrance (impatience, colère, plainte, exigence etc.) (ce qui nous ramène à l'harmonisme intérieur).
Les comportements suivants relèvent typiquement de l'harmonisme extérieur actif : Rendre visible son comportement « correct » afin de prêcher par l'exemple. Mais aussi, prendre la peine d'expliquer ses choix, expliquer l'intérêt de l'harmonisme. Être agréable, pratiquer l'entraide, faire de son mieux pour soulager la souffrance autour de soi. Signaler les problèmes, proposer des solutions etc. Développer, par l'éducation, l'amour, l'esprit critique, la maîtrise de soi... On pourra, en particulier, faire connaître l'harmonisme (ce que nous expliquons ici), mais avec beaucoup de tolérance, d'autres philosophies pouvant mieux convenir à certaines personnes. Ce qui compte est le résultat : un monde plus harmonieux.
Un harmoniste actif ne va donc pas fuir la société, mais au contraire, être un citoyen actif. Actif à transformer la société ou au contraire, à maintenir son bon fonctionnement, selon que l'organisation sociale sera jugée plutôt nuisible ou bénéfique (comme dans le cas d'une société harmoniste, par exemple).
Vu le nombre de choses utiles qu'il est possible de faire, on voit bien qu'il va falloir faire des choix (notre temps est limité). La question qui se pose est « qu'est-ce qui est le plus utile ? » On peut s'interroger par exemple, sur une action sociale qui vise à « insérer » dans un système concurrentiel et destructeur, sur une aide « au développement » consistant, dans les faits, à « développer » un tel système, ou même une aide à la recherche scientifique qui sera, de fait, utilisée par un tel système, avec des conséquences globalement négatives. Disons qu'il y aurait une certaine naïveté à ne pas prendre en compte le contexte sociale globale, à se fier à des apparences et autres étiquettes. Par exemple, « aider » n'est pas forcément une bonne chose en soi : si j'aide quelqu'un à faire quelque chose de nuisible, par exemple !
Vu la complexité des problèmes, les choix ne sont pas toujours évidents. On peut toutefois dégager quelques idées générales. Ainsi, il est préférable d'aider quelqu'un susceptible d'aider à son tour poutôt que quelqu'un qui est susceptible de nuire (ou même simplement, moins susceptible d'aider). Reste que ce jugement n'est pas évident, d'autant que le fait d'aider peut, par la vertu de l'exemple, induire un comportement aidant chez celui qui était peu coutumier de cela auparavant. Mais cette éventualité reste assez rare, une action plus spécifiquement éducative est généralement nécessaire en plus. Ainsi, l'harmoniste va plutôt aider matériellement quiconque lui paraît suffisamment harmoniste, et psychologiquement, quiconque ne l'est pas. L'action ayant des effets à long terme est évidemment préférable à celle dont les effets se limitent au court terme. Ainsi, en agissant sur les causes sociétales d'une souffrance, on la supprime pour l'ensemble des générations à venir, et non pas seulement pour quelques personnes contemporaines. D'où un argument en faveur d'une action politique (au sens noble) plutôt que sociale ou humanitaire. Reste qu'une telle action sur les causes s'accompagne souvent d'une incertitude concernant l'effet plus importante que pour une action immédiate, ce qui est un point à prendre en compte également (tout dépend de quelle action on parle). Vu que plusieurs choses sont à faire simultanément, on pourra également privilégier les actions qui nous semblent les moins pratiquées (par d'autres altruistes). L'estimation se fera au cas par cas, en prenant en compte sa propre situation personnelle et ses propres compétences, en sachant que l'on peut toujours se tromper (une estimation est toujours probabiliste). Ne rien faire de délibéré sous prétexte que rien n'est assuré, serait évidemment stupide. Opter pour ce qui nous semble probablement préférable accroît sensiblement le bénéfice de nos actions... en moyenne.Pour les problèmes complexes, prendre le temps d'une réflexion préalable semble important (on réduit ainsi l'incertitude probabiliste). Par contre, il faut savoir, à un moment donné, cesser de délibérer pour passer à l'action, car le temps consacré à la délibération est un temps où l'on ne fait rien, et ne rien faire n'est clairement pas l'action la plus probablement bénéfique. Il y a donc un compromis à trouver entre la réflexion et l'action. On pourra passer à l'action lorsque la réflexion n'apportera plus beaucoup d'éléments nouveaux par unité de temps. Rien n'interdira ensuite de reprendre la réflexion lorsque des événements nouveaux surviendront, susceptibles d'orienter l'action dans un autre sens. Le but n'est pas de trouver à tout prix l'action la meilleure : il faut intégrer dans l'estimation (du bénéfice global), le "prix" de la délibération elle-même, qui croît avec la durée qu'on y consacre.
L'harmoniste se donnant des tâches de grande ampleur, il lui faudra se ménager pour conserver son efficacité sur le long terme. Il prendra garde à ne pas surestimer ses propres capacités. Il pourra se choisir un environnement favorable au travail (calme, avec pas trop de distractions etc.). Il prendra soin de lui-même. En quoi il n'est généralement pas question de sacrifice (sauf à être victime de l'illusion égoïste). Mais là encore, les estimations ne sont pas toujours évidentes. Notre propension au plaisir immédiat, ne manquera pas de se saisir de cette nécessité comme d'une excuse (nous faisant sous-estimer nos capacités)...
En pratique, une certaine organisation semble nécessaire, comme pour toute action à long terme. L'harmoniste pourra opter pour un certain temps quotidien consacré à ses activités jugées particulièrement utiles, qu'il pourra réajuster en fonction des difficultés rencontrées. L'idée étant d'évoluer vers la durée maximale qui n'induise pas de fatigue ou de mal-être susceptible de nuire globalement à l'efficacité. Pour ce faire, il sera vigilant face aux sources de distraction trop importantes, et se rappellera souvent ses objectifs. La méditation introspective semble être un exercice incontournable, à effectuer régulièrement, à chaque difficulté rencontrée. Il sera attentif à ce qui se passe en lui-même, évitant autant que possible tout sentiment désagréable, débusquant les réflexes nuisibles pour les remplacer par d'autres.
La méditation (où l'on ne fait rien) est toujours préférable à la distraction. Elle permet, par exemple, de lutter contre le danger « utilitariste » qui réside dans l'oubli du moteur de l'action : l'harmoniste doit cultiver en lui-même suffisamment d'amour et d'enthousiasme. Idéalement, il ne doit pas faire les choses parce que « il le faut », qu'elles sont « à faire », ni pour quelque raison qui serait extérieure à lui, mais parce qu'il les désire ; et le désir se cultive.
Ainsi, la quête de l'harmonie est une aventure aussi bien extérieure qu'intérieure, une fabuleuse aventure de tous les instants, avec ses défis innombrables, ses joies et ses peines, où l'on grandit sans cesse, où l'on s'approche toujours plus d'un bonheur durable, tout en participant à celui d'autrui !
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