Version audio illustrée (en deux parties) :
Le 13 novembre 2015, à Paris, 130 personnes trouvent la mort dans une série d'attentats dont la revendication est encadrée par deux citations attribuées à Dieu.
La secte à l'origine de ces attentats a séduit et continue de séduire de nombreux jeunes.
De nombreuses guerres dans le monde semblent liées à la religion.
Cette dernière est-elle invoquée à tort, victime d'un odieux détournement ou au contraire, y-a-t-il dans le phénomène religieux, une explication à ces horreurs ?
Nous allons voir que oui, il y a bien une responsabilité religieuse (même si elle n'est que partielle) et proposer une solution, pour une nouvelle civilisation plus "pacifique".
Qui dit « religion », dit « croyance ».
Quoique certains croyants, dans le souci, sans doute, de rétablir une certaine symétrie, disent parfois, s'adressant aux matérialistes : « mais vous aussi vous avez des croyances, vous croyez en la science, en la raison, en la matière, en l'humanité (pour certains)... ! »
Il me semble toutefois que cette affirmation est un peu abusive, car il y a croyance et croyance. Lorsque je dis : « je crois que demain il va pleuvoir », je fais part de mon évaluation d'une chose comme vraisemblable, tandis que lorsqu'un déiste dit « je crois en Dieu », il s'agit d'une certitude, presque d'un engagement. Or, il n'y a pas, généralement, une telle certitude chez les rationalistes. On ne croit pas en la science comme en une religion. L'attitude scientifique, rationnelle, consiste à établir des hypothèses sur la base de leur vraisemblance, de leur efficacité pratique, tout en étant prêt à les changer le jour où cela s’avérera nécessaire… (pour plus d'efficacité, justement). Or, il me semble que la croyance religieuse n'est pas motivée par un souci d'efficacité pratique, mais plutôt par une gratification émotionnelle.
La croyance religieuse première, centrale est, si je ne m'abuse, celle en l'existence de Dieu.
Je n'aborderais pas cette question, aujourd'hui, parce qu'aime bien commencer par les choses les plus faciles, et qu'elle ne me semble pas complètement évidente à trancher. Certains peuvent considérer l'existence de Dieu comme vraisemblable, d'autre, comme invraisemblable. Ça se discute.
J'aborderais une croyance qui me semble, elle, clairement invraisemblable, et dont les conséquences me semblent plus problématiques… D'où l'intérêt de dénoncer la chose.
Généralement, pour le religieux, Dieu n'est pas qu'un concept purement métaphysique. On se doute qu'alors la force et l'intérêt de sa croyance ne seraient pas les mêmes.
Ce qui motive sa croyance est un lien entre Dieu et lui. Et en l'occurrence, Dieu est un peu comme un maître, « seigneur, nous te louons », un père, « qui est aux cieux »… Et il s'agit d'un bon père, attentif, toujours présent. Les croyants cherchent en lui non seulement, pour certains, je pense, un peu de réconfort, mais surtout, une autorité, qui donne sens à leur vie. La preuve en est que toutes les religions se préoccupent d'éthique, de morale, quand ce ne n'est pas carrément de législation.
Bref, si Dieu existe, qu'il nous aime, il ne va pas nous laisser dans le désarroi, dans la solitude, le silence. Ce n'est pas un père qui abandonnerait ses enfants. Quel intérêt sinon ? Il doit nous apporter ce pourquoi nous croyons en lui : des prescriptions morales, un code de conduite, et pour cela, il doit s'exprimer, nous transmettre un message, son enseignement.
D'où la question : « comment ? »
Ce qui est évident, c'est qu'il va utiliser pour cela une méthode efficace, puisque c'est bien là son but, s'il est un bon père, et que par ailleurs, il est omnipotent, c'est le créateur de l'univers, quand même…
Et là, il n'y a pas trente-six solutions. Une thèse qui serait vraisemblable est qu'il transmette, puisqu'il en a les moyens, directement, ce message à tout le monde, un enseignement de bonne qualité. Par télépathie, par exemple, ou à travers nos gènes...
Alors, c'est vrai que là, on peut être tenté de se dire, que, ah ouaip, ça n'a pas l'air tout à fait au point, le système, ce qui peut, reconnaissons le, conforter la thèse de son inexistence.
Mais, bon, il y a quand même quelque chose, qui peut le maintenir en vie, si vous me permettez l'expression : c'est que si, bien sûr, nous n'avons pas tous, instantanément, la révélation immédiate et définitive de cette vérité divine (ça se saurait!), on peut raisonnablement penser qu'il y a effectivement en nous, quelque chose, qui semble nous permettre d'y accéder, de s'en approcher, du moins.
On peut remarquer, en effet, que les gens qui prennent le temps de se ressourcer, de méditer, de pratiquer une certaine introspection, de se mettre en quête de sérénité et d'harmonie intérieure, mais aussi, qui se mettent en quête des moyens de l'harmonie avec l'extérieur, en usant pour cela, de la raison et du dialogue, convergent vers des idées communes et relativement efficaces, en matière d'éthique, et que c'est au contraire, l'attachement borné aux cultures contingentes, l'emprise aveugle d'émotions grossières, qui maintient de la diversité dans ce domaine.
Ainsi, on pourrait émettre l'hypothèse que c'est de cette façon que « dieu », s'il existe, communiquerait avec nous : on accéderait donc à sa vérité par une certaine méthodologie, communément promue, d'ailleurs dans de nombreuses traditions, religieuses, philosophiques, mais aussi, spontanément adoptée par beaucoup : nous aspirons tous à une certaine cohérence, à l'harmonie… Dieu aurait laissé la clé de son enseignement en chacun de nous (à moins que l'on ne considère qui ne soit en chacun de nous).
Entendons nous bien, je ne prêche pas ici le déisme, je fait preuve d'ouverture d'esprit, en indiquant une théorie plausible. Si l'on est athée, il suffit de considérer qu'il s'agit là non pas de manigances divines mais de dispositions humaines communes, dans notre génome, héritées de l'évolution.... Pas de problème.
Mais tournons nous maintenant vers une autre hypothèse. Supposons que Dieu, au lieu de procéder ainsi, ait choisit une personne (ou une infime minorité d'individus), à laquelle il aurait transmis ce message si important pour tout le monde, à charge pour cette personne de le transmettre aux autres. Procédé bien étrange, de sa part, très bassement matériel pour le créateur de l'univers, convenons-en. Mais supposons.
Cette hypothèse me semble très invraisemblable pour plusieurs autres raisons, que je vais indiquer maintenant.
Premièrement, ce ne serait vraiment pas sympa pour tous les humains qui, pour des raisons pratiques, n'auraient pas été informés du message prophétique : qu'ils soient morts avant la première prédication, ou qu'ils habitent une contrée trop isolée...
La bonté divine serait donc assez négligente vis à vis d'un grand nombre de ses enfants.
Mais supposons que ce père céleste, universellement aimant et omnipotent, se contente de n'éclairer qu'une partie de sa progéniture, et voyons donc maintenant de quoi il en retourne pour les quelques chanceux atteint par sa parole.
Qu'est-ce qui va leur permettre de reconnaître ce message, provenant apparemment d'un de leurs semblable, du coup, par des moyens bassement matériels, comme étant effectivement d'origine divine ? Suffira-t-il que le prophète, ou d'aucuns de ses comparses prétendent que le message est d'origine divine ? Et fassent appel à une foi, plus ou moins aveugle. À l'évidence, non !
L'homme est doté de circonspection, d'esprit critique, et c'est plutôt un bien, pour ne pas être victime de n'importe quelle mystification.
Les promoteurs du message prophétiques vont donc devoir démontrer son origine divine, s'ils souhaitent répandre le plus possible leur enseignement, et non pas régner sur une poignée de crédules.
Cette preuve peut-elle être la survenue de prodiges autour de la vie du prophète ?
Cela ne concernerait que ses témoins directs, les générations futures devraient se contenter de croire les témoins des témoins, ce qui est déjà moins évidents. Surtout si les témoins en question sont réputés être des propagateurs zélés de leur foi, tentés par conséquents, d'inventer de tels prodiges pour parvenir à leur fin.
Mais même en supposant qu'on ait la preuve de ces prodiges. En quoi ceux-ci démontreraient-ils le caractère divin du message ? On pourrait fort bien avoir affaire à un magicien, à une sorte de Lucifer, et non pas à Dieu…
En toute rigueur, donc, ils ne prouvent rien.
Il en est de même des prodiges que d'aucuns décèleraient dans le texte prophétique, prodiges qu'il est d'ailleurs facile de faire apparaître grâce aux nombreuses possibilités d'interpréter ou de sélectionner ce nous arrange dans un texte long et plus ou moins énigmatique...
Un autre moyen d'établir le caractère divin d'une révélation est de juger de sa sagesse, intuitivement.
Mais cela signifierait alors qu'il y aurait en nous la clé pour contrôler ce caractère et que, par conséquent, nous pourrions tout aussi bien le retrouver tout seul, ce message, sans avoir besoin de l'intermédiaire d'un prophète… Cela attesterait donc bien plutôt de la première hypothèse, que nous avons évoquée, de la présence potentielle en chacun de nous de ce message. Pourquoi se compliquer la vie à chercher une voie indirecte pour accéder à ce qui s'offre directement à nous ? Soit cette vérité est en nous, et nous pouvons y accéder directement, sans avoir besoin de révélation prophétique, soit elle n'est transmise que par un ou plusieurs prophètes, et il ne nous appartient pas de juger par nous-mêmes de sa sagesse, de sa validité.
De sorte que nous n'avons apparemment aucun moyen d'établir son origine divine…
Donc, si Dieu communique avec nous par un intermédiaire matériel, un prophète, d'un livre, il utilise, à l'évidence, un procédé totalement inefficace, pour faire parvenir son enseignement à ses enfants, lui, dont la puissance et l'amour sont sans limite… Invraisemblable !
En quoi cette hypothèse me semble pour le moins invraisemblable.
Autre problème : l'imperfection du langage humain, l'approximation des significations, dépendantes du contexte, fait qu'il est difficile d'envisager l'éventualité que quelques paroles ou écrits définitifs puissent renfermer un message aussi « absolu »… Quand même le message serait bien divin, son interprétation, variable, ne saurait l'être… Or, tout ou presque réside dans l'interprétation...
Autre chose encore. D'une façon générale, un autre élément en faveur de l'invraisemblance d'une thèse explicative est l'existence d'une thèse concurrente qui elle serait vraisemblable. Quels faits s'agit-il d'expliquer ici ? Les faits sont les suivants : un individu déclare que tel de ses propos ont été dictés ou inspirés par Dieu.
Deux explications s'affrontent : « Dieu existe et a bel et bien dicté ces propos » et « le locuteur fabule ». Si donc, comme nous venons de le voir la thèse de l'intervention divine via un prophète est très peu vraisemblable, qu'en est-t-il de celle de la fabulation.
D'ordinaire, lorsqu'un humain dit quelques chose, c'est pour avoir effectivement une influence sur ses semblables, c'est pas juste pour faire du bruit. Quel intérêt quelqu'un qui souhaite influencer ses contemporains, les inviter à se comporter d'une certaine façon, aurait-il à fabuler de la sorte ? Cela semble évident : les hommes ne se plient pas facilement à l'autorité du premier venu. Si une injonction vient de Dieu, forcément, on ne rigole plus… Autre élément corroborant la vraisemblance de cette thèse concurrente, les hommes agissent dans le sens de leur propre satisfaction. Or, considérer qu'on a été choisi par Dieu pour transmettre sa parole, pour l'égo, c'est plutôt agréable, quand même. Cerise sur le gâteau : on a même pas à culpabiliser d'un éventuel péché d'orgueil, puisqu'on n'y est pour rien : c'est lui qui nous a choisi, et surtout, l'on n'en est que l'humble messager…
Il y a un cas où cette invraisemblance est encore plus évidente. C'est s'il existe plusieurs de ces soit-disant prophètes, transmettant des vérités qui ne seraient pas compatibles entre elles… là, déjà, c'est certain qu'au moins un certain nombre d'entre eux sont des fabulateurs… Mais même s'ils ne le sont pas tous… ça signifierait que Dieu, omnipotent, porteur d'amour et d'harmonie, ferait en sorte que les partisans des différents prophètes incompatibles, s'entre-déchirent, tout en alimentant le scepticisme des autres, de ceux qui réfléchissent un peu, eu égard à sa propre existence ? Totalement délirant !
Voilà, donc, pourquoi, cette croyance, en une religions révélée, ou secte, si vous préférez, me paraît pour le moins invraisemblable.
Je voudrais juste, pour terminer, expliquer en quoi, la dénoncer, me semble « important », relevant de l'humanitaire.
Tout d'abord, les prophètes suscitant une large adhésion sont souvent très anciens, d'où des comportements assez… archaïques.
Cet ancienneté s'explique par plusieurs facteurs.
Tout d'abord, il est plus facile de discréditer le message d'un prophète récent, grâce au plus grand nombre et la plus grande fidélité des témoignages directs le concernant, sans parler de l'apparition récente de techniques d'enregistrement.
Ensuite, comme les hommes sont un peu moutonniers, ils ont tendance, non seulement, à suivre ce qui est enseigné dans leur entourage (pourquoi, sinon, les croyances religieuses seraient-elles aussi dépendantes des cultures, du pays d'origine…) Ils ont tendance, également à juger de la validité d'une prophétie sur le nombre des adeptes. Cela favorise mécaniquement les croyances ayant eu le plus de succès à un moment donné, en les perpétuant.
Mais aussi, si les prophètes, pour prolonger l'autorité de leur message, vont avoir tendance à dénigrer leur concurrents contemporains ou futures (en les dénonçant comme faux-prophètes), il ont tendance, au contraire, à accréditer leurs prédécesseurs ayant eu du succès en se référant à eux, en s'en présentant comme les dignes successeurs, de façon, bien sûr, à renforcer leur propre crédibilité…
Du coup, ce phénomène des religions révélées, fait que de nombreuses personnes se conforment à des prescription vraiment très anciennes, refusent toute amélioration, qui irait à l'encontre de ces prescriptions.
On voit qu'il y a un frein au progrès, en particulier, moral, les religions ayant tendance à s'approprier ce domaine…
Mais, me direz-vous, si ces dogmes révélés sont bons, porteurs d'harmonie sociale, de concorde, de bien être etc. Où est le problème. Certes. Mais qu'est-ce qui nous garantirait qu'ils soient bons?
Et qu'en est-t-il réellement, aujourd'hui, de cette bonté… prétendument divine… dans les religions révélées existantes.
Eh bien, il en est que, justement, elle n'est pas toujours au rendez-vous. D'où le problème. Et il me suffira de prendre un seul exemple.
Aujourd'hui, 55 % de l'humanité (les chrétiens et les musulmans, pour l'essentiel) reconnaît comme prophète un dénommé Moïse (moshé, moussa, selon les langues) (eh oui, 4 milliards d'individus croient que Dieu s'est exprimé via ce prophète, qui aurait vécu il y a un peu plus de 3000 ans !)
Et que dit-il ? Eh bien, entre autre ceci, que je trouve un peu Violent. Tout d'abord, il s'agit d'un commandement, où il nous ordonne de faire quelque chose à d'autres personnes, considérées comme fautives. Non pas de les réprimander, non pas de frapper, d'autres humains, mais de les tuer…. Il est vrai que Badinter n'était pas né… Comme s'il ne pouvait pas faire le sale boulot lui-même, Dieu... Mais bon, à la limite, pourquoi pas, s'il nous demande de châtier ainsi des violeurs d'enfants, des terroristes… Or, quelle est le crime épouvantable que nous devons punir ainsi : c'est le fait d'adorer d'autres Dieux que lui, à ne pas pratiquer la religion précise que stipule Moïse, en sommes... Apparemment, la liberté de conscience, la laïcité, c'est pas encore à l'ordre du jour… Pour ceux qui veulent vérifier, c'est dans le Deutéronome, chapitre 13. Et vous verrez, que c'est d'une précision redoutable, ça ne prête le flanc à aucun interprétation. D'ailleurs, il prescrit le procédé de mise à mort, tout de même assez violent, puisqu'il s'agit de lapidation. Et tout le monde doit y participer, en commençant par les proche de la vic.. pardon, du criminel.
Et donc, vous voyez le problème… sachant qu'un des éléments important des religions c'est l'obéissance à Dieu, certains pourraient être tentés de faire ce qu'il leur demande…
Alors, je vous rassure, tous les juifs, chrétiens et musulmans ne sont pas en train de massacrer les païens et autres mécréants. Voilà qui est plutôt rassurant, vu leur nombre… Et la raison à cette clémence est toute simple : avant d'être des croyants, ce sont des humains. Or, il y a en l'homme une répugnance à tuer, surtout des gens qui ne nous on rien fait, comme c'est le cas ici.
On peut d'ailleurs considérer que ce qui nous porte à ne pas faire ce genre de chose un peu violentes, est cette part de Dieu qu'il y aurait en nous, selon la théorie que j'évoquais au début.
Bien sûr, les gens tiennent généralement à leur religion, à laquelle ils s'identifient, dans laquelle ils trouvent un certain réconfort, et pour ne pas la remettre en cause, ils vont interpréter ces passages comme ça les arrange. Ils vont expliquer que ces prescriptions concernaient une époque bien précise, qu'elles ne sont plus valables aujourd'hui. Sauf que cette abrogation n'apparaît nulle part clairement, dans leurs recueil de prophéties. On est dans l'interprétation… Lorsque Jésus dit : « Ne croyez pas que je sois venu pour abolir la loi ou les prophètes ; je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir. Car, je vous le dis en vérité, tant que le ciel et la terre ne passeront point, il ne disparaîtra pas de la loi un seul iota ou un seul trait de lettre, jusqu'à ce que tout soit arrivé. », il semble bien qu'il confirme la validité des lois de Moïse jusqu'à la fin des temps. L'interprétation consistant à penser que Jésus nous dispense de suivre la loi grâce à son sacrifice est tout de même plus… originale, disons, même si elle est plus satisfaisante émotionnellement, et fonde le christianisme.
Et ce serait quoi, ce Dieu qui dirait une chose à un moment, une autre plus tard. En bon pédagogue, il s'adapterait à son public ? Franchement, même demandé à une tribu barbare d'une époque reculée, le meurtre sectaire est moralement indéfendable, en quoi pourrait-il être justifié, même il y a trois mille ans, quand on sait que l'homme n'a pas fondamentalement changé depuis 50 000 ans…
Peut-on raisonnablement croire, aujourd'hui, en un Dieu pareil !
Cela dit, tant mieux, si la majorité des croyants interprètent ainsi leurs livres sacrés, sauf que nous ne sommes pas à l'abri, d'une poussée fondamentaliste, qui prêcherait un retour aux sources, un respect scrupuleux de ces prescriptions prétendument divines, lesquelles pourrait séduire des gens chez qui cette répugnance à tuer est plus faible (on sait qu'ils existent), et qui seraient par ailleurs particulièrement pieux ou violents. Quant aux poussées fondamentalistes, c'est un phénomène récurrent dans toutes les religions…
Il semble donc qu'il y ait là, pour le moins, un danger, un facteur de risque...
Et qu'en est-il concrètement, puisque nous disposons d'un certain recule historique pour ces religions ?
Il semble que nous en ayons quelques exemples actuellement, au proche orient, avec le massacre entre autres, des yézidis, considérés comme païens, par les membres d'une secte fondamentaliste musulmane, qui cherche à instaurer un califat…
Leur État islamique n'est certes pas vraiment reconnu par la communauté internationale… mais dans d'autres, qui le sont, le péché d'apostasie (c'est à dire le fait de quitter sa religion, simple délit d'opinion, donc) est encore puni de mort (1). L'un d'entre eux vient même d'accéder à la présidence d'une instance stratégique du conseil des droits de l'homme de l'ONU !(2)
Apparemment, cette injonction de Moïse est toujours à l'ordre du jour.
En Europe, il y a eu l'inquisition, émanant aussi bien de l'église catholique que de réformistes protestants, au cours de laquelle on a brûlé vifs de nombreux hérétiques.
On peut noter, aussi, de façon quelque peu ironique pour les chrétiens, que Jésus, a été crucifié à l'instigation des autorités religieuses de son époque, il professait des trucs un peu trop « nouveaux »...
Bien sûr, ces exactions sectaires, si elles vont dans le sens de l'injonction de Moïse, ne s'en revendiquent généralement pas précisément (il faut dire que d'autres paroles prétendument divines disent plus ou moins la même choses). Il semble que c'en soient moins des conséquences, que les conséquences d'une même cause : Le message de Moïse ne serait qu'un exemple de la violence sectaire, laquelle serait bassement humaine.
Mais ce que je souhaite dénoncer ici, toutefois, est que l'attribution de ce genre de commandements à Dieu, leur présence dans des textes, sacralisés par des milliards d'individus ne peut qu'accentuer le phénomène.
Et même sans aller jusqu'à de telles horreurs, il est évident que la sacralisation de ce genre de littérature, sa propagation, sa lecture assidue, vont plutôt favoriser la violence en général. Des gens vont considérer comme normaux, les châtiments corporels, les menaces, tout ces comportement bassement humains que ces religions prêtent à Dieu…
Une étude menée sur un échantillon de 1 170 enfants (de diverses pays et conditions sociales, mais de même âge, rigueur scientifique oblige) a montré que les niveaux de violence et d'égoïsme sont plus importants chez les enfants élevés dans des famille religieuses, confirmant d'autres observations allant dans le même sens(3). Voilà qui n'est, donc, pas très étonnant...
Voilà pourquoi, donc, je parlais de préoccupation « humanitaire », à propos du partage de mon opinion « rationnelle » sur cette question théologique.
On trouve bien sûr, dans la littérature prophétique, des choses tout à fait acceptables, pleines de sagesse, ce qui s'explique, là encore, très bien par leur origine humaine… Mais qui tendent à faire accepter tout le reste en vertu de cette crédulité que je dénonce.
On pourrait proposer aux autorités religieuses de biffer de leurs manuels de références les passages plus vraiment en phase avec le niveau de développement éthique actuel, de faire des mises à jour. Mais précisément, cela n'est pas possible, puisque l'essence de leur démarche, comme nous l'avons vu, est de ne pas se placer au-dessus du message prophétique, puisque considéré comme divin. Et même si, par extraordinaire, une autorité le fait, elle ne manquera pas d'être désavouée par quelque résurgence fondamentaliste, conservatrice…
Ce pourquoi, la meilleure approche, selon moi, est d'amener les gens à exercer partout leur raison, laquelle implique d'adopter les hypothèses les plus vraisemblables (chose qu'ils font déjà dans certains domaines, ceux où ils rencontre un certain succès). Et de démontrer, comme je l'ai fait tout à l'heure, l'invraisemblance d'une transmission du message divin au travers de formes matérielles particulière (donc, en particulier, des prophètes).
Cela est de toutes façons plus sûr que de se livrer à des interprétations plus ou moins arbitraires, pour rendre acceptable un message donné, hautement problématique, dont on maintient la sacralité.
Un obstacle à cette prise de conscience risque d'être l'attachement des croyants à leur religion, le besoin d'un sens à sa vie, d'une éthique forte, d'un cadre, que cette croyance comble.
D'où l'intérêt, sans doute, d'apporter simultanément de quoi satisfaire ces besoins.
Et ça, ce n'est pas un problème, parce que je ne remets pas en cause la religion au sens large, au sens d'une éthique forte qui aurait pour fonction de relier les hommes (conformément à l'étymologie).
Je ne remets pas en cause le concept de Dieu, pour ceux qui en ressentent le besoin…
Je ne remets pas en cause, une pratique religieuse, qui peut avoir un effet bénéfique.
Et, en vertu de ce principe qui veut que lorsqu'on critique, on fasse une proposition constructive, je propose, une religion basée sur l'idée que Dieu communiquerait directement à tous les hommes le message, les clés, la nourriture dont ils ont besoin, pour vivre plus harmonieusement…
Religion qui serait tout naturellement « démocratique ». Voilà qui serait vraiment novateur ! Pourquoi pas une éthique que l'on construirait ensemble, plutôt que se la laisser imposer par quelque habile mystificateur (exploitant notre instinct de soumission et notre paresse intellectuelle) ? Cette éthique pourrait être consignée dans un livre évolutif, une sorte de wiki-bible, à laquelle tout un chacun pourrait contribuer…
Et cela me semble tout à fait possible.
Car lorsque j'avance l'hypothèse d'un Dieu inspirant directement chacun de nous, cela ne signifie pas, bien sûr, que tout ce que nous ressentons comme vrai ou idéal à un moment donné, le soit.
Cela signifie que cet idéal, cette vérité divine est une chose vers laquelle on peut tendre, en adoptant une certaine attitude, en partageant nos idées. Il ne s'agit pas de se prendre tous pour des prophètes, au sens classique du moins, mais de faire preuve, au contraire, d'humilité intellectuelle, c'est à dire, non pas de soumission, mais de circonspection, d'ouverture d'esprit.
Et il y a fort à parier, que si l'on se donne tous comme critère, pour l'établissement de cette « vérité », la plus grande harmonie, le plus grand bonheur pour tous sur le long terme, (le jugement de l'arbre à ses fruits) la conformité à l'observation, les règles de la logique élémentaire, de la plus grande vraisemblance dans le doute (le rasoir d'Occham), alors, on va effectivement converger vers quelque chose, et cette chose, sera le plus probablement le message que Dieu (s'il existe) souhaite nous transmettre.
En pratique, toute contribution individuelle, pour être retenue, devra susciter un grand nombre d'avis favorables et ne rencontrer aucune objection sérieuse. On peut donc penser qu'assez rapidement, les règles éthiques ainsi élaborées seront difficiles à améliorer, et que donc, elles seront assez stables.
Elle seront, à n'en pas douter, de bien meilleur qualité (au vu de leurs fruits, donc), que tout ce que l'on peut trouver dans les injonctions de gourous d'époques reculées.
Le critère de validité étant directement le bénéfice observé (ou hautement prévisible), sans la contrainte d'être en conformité avec un texte intouchable, on ira plus vite dans la bonne direction. Le progrès à toujours résulté de l'innovation dans la liberté, pas de l'imitation servile.
Dieu, selon Mahomet, autorise le meurtre défensif. On sait bien que pratiquement tous les gens qui se font la guerre estiment se défendre… Ce n'est donc pas avec ça qu'on va pacifier le monde.
De même, enjoindre de tendre l'autre joue lorsqu'on a été frappé, n'est pas forcément l'option la plus adéquate. « Privilégier fortement le dialogue à la violence, l'amour à la haine », voilà une formulation plus juste et réaliste... L'usage de la force pour stopper la violence, peut être nécessaire.
Même la fameuse règle d'or que l'on retrouve dans l'évangile et toutes les morales traditionnelles, peut-être améliorée. : « tu aimeras ton prochain comme toi-même », Pourquoi seulement le prochain ? Et pour celui qui ne s'aime pas, ça donne quoi ?
« tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites le de même pour eux ». Et pour celui qui ne veut pas les mêmes choses que moi ? « Faites ce que ce que l'autre voudrait » serait donc plus juste, mais si ce qu'il veut n'est pas bon pour d'autres ?… Voilà. Juste pour montrer, qu'on peut rapidement progresser, lorsqu'on se libère de la soumission au dogme prophétique, à la tradition...
Donc, les gens vont-ils être attachés à leur religion, s'ils en découvrent une autre meilleure ?
Indépassable, parce que se surpassant elle-même dès que nécessaire, grâce au système que je viens d'exposer. Non limitée par une parole intangible.
Dont la valeur est assurée par un plus grand nombre de contrôleurs, de "transmetteurs"...
Ne nécessitant pas une foi aveugle, une manipulation par des pratiques ou un cadre approprié... (d'où une plus grande fiabilité et une plus grande portée)
Ne faisant pas appel à la peur d'un châtiment, ou au désir d'une récompense égoïste. Une religion pour adultes, qui élève.
Les gens vont-ils continuer de s'identifier à quelque chose d'enfantin, de limité, quand il peuvent s'identifier à quelque chose de plus grand ? Ou mieux : devenir plus grand en cessant de s'identifier à quoi que ce soi ?
Également, cette démarche coopérative, inclusive, non discriminatoire, sera moins génératrice de divisions que celle qui consiste à suivre tel ou tel prophète...
Si la croyance naïve divise, la raison rassemble… Si la certitude divise, le doute rassemble. Si l'orgueil divise, la modestie rassemble.
Cette religion ne privilégierait pas une langue, un lieu, un peuple, elle serait pleinement universelle.
Et ce rassemblement serait d'autant plus large, qu'il ne s'agirait pas ici, d'affirmer l'existence de Dieu, mais d'être plus ouvert, plus œcuménique que ça, en laissant une certaine liberté dans l'interprétation de la chose. Certains pourront en effet considérer que cette religion émerge d'une aspiration humaine commune, d'origine matérielle, et donc, se passer du concept de Dieu. Ils s'agit de se rassembler sur l'essentiel, pas besoin de se battre sur des interprétations qui ne changent rien concrètement.
Il s'agirait de dépasser l'intolérance sectaire.
Il n'y aurait plus ce premier commandement, qui oblige à adorer un dieu précis. Les êtres humains, quels qu'ils soient, seraient respectés, et non pas des idées. Quelle absurdité, que de se battre, que de souffrir pour de pures idées, dont le respect fait qu'en fin de compte, on ne respecte pas des humains...
Le rassemblement serait d'autant plus large, que tout le monde ne serait pas obligé de suivre les règles avec la même rigueur. Il y aurait un socle minimal, et des disciplines plus exigeantes, pour ceux qui y aspirent, qui en éprouvent le besoin.
Il n'y aurait pas d'obligations, d'interdits, mais seulement des propositions. Dieu propose, il n'oblige pas, sinon qu'en serait-il du libre arbitre ? Il n'y aurait pas non plus de punition, la seule récompense étant dans le bonheur de la pratique, un résultat concret, vérifiable, ne supposant pas de croyances particulières.
Cette religion pourrait rassembler tout le monde, car elle reposerait uniquement sur ce qui est commun à tous (tout en créant de l'harmonie) : l'amour et la raison.
Beaucoup de religions existantes parlent d'amour, voire de raison. Mais elles contiennent plein d'autres choses, qui tempèrent l'effet positif de ces deux dispositions humaines, qui expliquent leurs nuisances. Là, il n'y aurait rien d'autres…
Je lance donc un appel à tous ceux qui sont en recherche d'une spiritualité adultes, pleinement compatible avec l'esprit critique, à tous ceux qui veulent une vie qui ait un sens, qui soit en accord avec ce qu'il y a de plus profond en eux, qui sont las d'un monde ravagé par la guerre, l'oppression, la violence, à fonder ensemble, donc, cette religion en accord avec son temps, cet harmonisme rationnel…
(1) Voir à ce sujet l'affaire Asia Bibi au Pakistan (a débuté en 2009), ou encore Mohamed Cheikh Ould Mohamed en Mauritanie (2010)*.Dans les deux cas, il y a condamnation à mort alors qu'il n'est pas question vraiment d'apostasie, mais plutôt d'un hypothétique blasphème.
Mohamed Cheikh s'est juste interrogé sur certaines décisions de Mahomet (chef de guerre) puis s'est repenti (pourtant). Asia a juste dit qu'elle ne pensait pas que Mahomet aurait été d'accord avec l'idée de son interlocutrice selon laquelle, une Chrétienne rendait l'eau impure en la buvant. Dans les deux cas, ces condamnations sont acclamées/réclamées par une foule fanatisée...
Deux hommes politiques importants ayant pris la défense d'Asia ont été assassinés (en 2011)...
Voir encore Ashraf Fayad, condamné à mort en Arabie Saoudite (novembre 2015), ou encore Farhan Haji Mose, décapité en 2012 (en Somalie)...
(2) L'Arabie saoudite accède à un poste clé au conseil des droits de l'homme de l'ONU
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